Lettre pastorale de Mgr Hubert Herbreteau, septembre 2017
 
 
Une Église appelante
 
 
 
Chers diocésains,

Nous allons vivre, dans l’Église, deux événements importants au cours de l’année pastorale 2017-2018. Le 10 juin 2018, le diocèse d’Agen aura l’immense joie de célébrer la béatification d’une jeune femme du Lot et Garonne, Adèle de Batz. Puis, en octobre 2018, le pape convoquera à Rome
un Synode sur les jeunes. Toutes nos activités pastorales seront donc focalisées sur ces deux événements et donneront l’occasion de développer une « culture de l’appel ».
 
Aujourd’hui comme hier le Christ appelle chacun de nous à le suivre. Comme Adèle devenue religieuse et fondatrice de la Congrégation des soeurs marianistes, des jeunes filles de chez nous peuvent entendre l’appel de Dieu à la vie consacrée. Des garçons sont capables de répondre avec générosité, enthousiasme et confiance à l’appel de Dieu pour être « des pasteurs selon son coeur ».
 
D’autres peuvent trouver un chemin dans la vie contemplative.
 
Voici quelques suggestions pour notre année pastorale.
 
Notre vie spirituelle à l’école d’une jeune fille de chez nous : Adèle de Batz

Faisons donc brièvement connaissance avec Adèle de Batz de Trenquelléon. Dès sa jeunesse, Adèle a entendu trois appels importants de la part du Seigneur :
 
L’appel à l’intériorité : Adèle naît le 10 juin 1789. Son père, officier des Gardes françaises est à Paris. Celles-ci licenciées le 31 août 1789, il rentre à Trenquelléon. Après l’arrestation du Roi à Varennes le 22 juin 1791, il décide de partir en exil en Angleterre. En septembre 1797, Adèle connaît aussi l’exil avec sa mère et son jeune frère d’abord en Espagne puis au Portugal où son père les rejoint en 1798. C’est, en Espagne, à Saint-Sébastien, en l’église Santa Maria, le 6 janvier 1801 qu’Adèle fait sa première communion. Elle a 11 ans et demi. Cette première rencontre avec Jésus va la marquer profondément. Cette même année, le 14 novembre, la famille réintègre le château. 
 
À Saint-Sébastien, Adèle va souvent prier au Carmel avec sa mère. Au moment du retour en France, elle manifeste à ses parents son désir de rester en Espagne pour pouvoir entrer au Carmel. A peine de retour, en vue du carmel, elle demande un règlement de vie spirituelle qui comporte, en particulier, deux demi-heures d’oraison par jour.

Le deuxième appel : se laisser guider par l’Esprit Saint. Le 6 février 1803, la Confirmation par l’évêque d’Agen, Mgr Jacoupy, est un événement fort pour Adèle. Elle a à peine 14 ans. Ce jour-là, Mgr Jacoupy invite à sa table ceux qui ont été confirmés et leurs parents. Adèle se trouve à côté de Jeanne Diché, surnommée Dicherette. Une amitié profonde va naître entre les deux jeunes filles. Elles partagent le même idéal, le même désir d’aimer Dieu et de Le faire aimer. Avant de se quitter, les deux amies se promettent de s’écrire pour se stimuler sur le chemin de la vie chrétienne. La correspondance (plus de 700 lettres) est l’un des charismes qu’Adèle a reçu de l’Esprit Saint.
 
Chaque année, la Pentecôte va être pour Adèle l’occasion de se renouveler dans la grâce de la Confirmation. Elle est fille de l’Eglise. Elle se réjouit de passer, comme l’Eglise le propose, les jours entre l’Ascension et la Pentecôte, en communion étroite avec les Apôtres pour se préparer à accueillir, ensemble, Celui que le Christ a promis.
 
Le troisième appel : l’appel missionnaire. Après la Pentecôte, les Apôtres, transformés par l’Esprit Saint, sont partis évangéliser le monde. Après leur Confirmation, Adèle et Jeanne qui veulent rechristianiser la France se demandent ce qu’elles peuvent faire. Sur la proposition du précepteur de son frère Charles, elles fondent, durant l’été 1804, « la Petite Société ». Les besoins des campagnes de l’Agenais sont immenses. Adèle écrit, stimule, encourage ses amies, les aide à se préparer aux sacrements, aux fêtes liturgiques. Son zèle se fait inventif : catéchisme, visite des malades auxquels elle ne manque pas de parler de Dieu, enfin elle ouvre une « petite école » au château pour les enfants des hameaux voisins. Et voici que naît, chez ces jeunes filles un « cher projet », le projet d’une communauté religieuse pour être totalement consacrées au Seigneur et au service des pauvres. Le 25 mai 1816, Adèle arrive à Agen et avec ses 5 amies elle jette les fondements de l’Institut des Filles de Marie. Elle est aidée dans son oeuvre par le Père Chaminade qui, l’année suivante, fonde à Bordeaux les Frères Marianistes. Le 25 juillet 1817, il reçoit les voeux définitifs d’Adèle et de ses 8 premières compagnes tandis qu’une novice fait ses premiers voeux.
 
Un projet diocésain incarné dans le monde d’aujourd’hui

Pour les deux années à venir, dans l’enthousiasme de la béatification d’Adèle de Batz et en prenant appui sur le Synode sur les jeunes, voici quelques axes à prendre en compte au sujet d’une « culture de l’appel » :
• Que pourrions-nous faire pour appeler davantage à la Confirmation dans notre diocèse ?
Le nombre chaque année est nettement insuffisant. Des adultes, même engagés dans l’Église, n’ont pas reçu ce sacrement. Il faudrait davantage insister pour qu’il soit vécu.
Comment informer davantage ? On sait l’importance qu’a eue ce sacrement dans la vie d’Adèle. Je constate aussi combien la Confirmation est déterminante pour la vie chrétienne des adolescents de notre diocèse. Ce sont des jeunes qui ensuite s’engagent dans l’Église et dans le service des autres.

• Beaucoup de gens ressentent aujourd’hui un appel à approfondir la vie spirituelle, la grâce de leur baptême : tel est le deuxième axe à mettre en oeuvre concrètement. Adèle de Batz utilise souvent dans ses lettres l’expression « gagner les coeurs à Jésus Christ ». Elle a 20 ans lorsqu’elle écrit à son amie Agathe Diché : « Montrons la dévotion douce et aimable ; réformons à cet effet notre caractère afin d’attirer des coeurs à Jésus Christ. » (Lettre du 15 juin 1809). Nos communautés chrétiennes doivent éveiller à la foi les enfants, dès le plus jeune âge, favoriser des temps de silence. La pratique de l’adoration eucharistique est à développer. Il s’agit de conduire au Christ dans une société en quête de sens.

• Une Église appelante est une Église bienveillante, préoccupée d’accompagner les familles en tenant compte de leur diversité. Adèle a eu la chance d’être aimée et aidée dans une famille qui l’a accompagnée dans ses aspirations, ses choix et ses décisions.

Dans une réponse au questionnaire demandé par Rome pour le Synode des jeunes, une paroisse suggère : « L’implication de la famille et des communautés est d’abord indispensable pour que les jeunes se sentent libres de “se créer” et de grandir, dans un amour inconditionnel. (…) Elle se manifeste principalement dans la formation catéchétique ; l’éducation au choix, à l’engagement, à la liberté ; l’attention aux désirs des jeunes, à leurs capacités, à leur aptitude à trouver un chemin de vie ; une disponibilté pour l’écoute. (…).
Cette implication se vit dans la prière et en favorisant la vie intérieure des jeunes. »
Suite aux deux Synodes romains sur la famille, il faut continuer à approfondir Amoris lætitia du pape François, à l’aide des fiches proposées par le service diocésain de la pastorale familiale.

Des orientations pour une pastorale des jeunes qui soit appelante

Les deux événements que nous allons vivre cette année devraient nous permettre de préciser des orientations au sujet de la pastorale des jeunes dans notre diocèse. C’est le troisième point que je voudrais développer. Je compte sur les paroisses, les aumôneries de jeunes, l’École catholique pour rendre effectives des orientations concrètes que je ne fais qu’énumérer. Ces orientations pourraient se décliner selon cinq objectifs :

Former des accompagnateurs compétents en animation et attentifs au discernement spirituel. La formation serait proposée aussi aux parents. Ce qui était autrefois surtout la responsabilité des prêtres devrait maintenant devenir une mission de nombreux laïcs.
Adèle note souvent dans ses lettres l’importance d’avoir été accompagnée spirituellement.
Au château de Trenquelléon, Monsieur Ducourneau lui donne un règlement de vie spirituelle. Ce précepteur devint prêtre en 1813. De même, Adèle ne tarit pas d’éloges pour l’abbé Larribeau, curé de Lompian, son guide et son confesseur. Le discernementvocationnel suppose que les jeunes trouvent des adultes pour les éclairer, les soutenir et les aider à décider de leur vocation.

Valoriser une pastorale tout au long de l’année par des rencontres fréquentes en aumônerie, et pas seulement polarisée par les temps forts (Camp à Lourdes, Marche des Rameaux, Taizé…). Il est bon de favoriser des liens avec les aumôneries d'étudiants de Toulouse ou Bordeaux.

Initier à la vie spirituelle en lien avec les monastères et autres lieux spirituels (spiritualité marianiste, franciscaine, bénédictine, carmélitaine, Annonciade, foyer de charité, etc.). Adèle a été très marquée par la spiritualité du Carmel. Dans sa correspondance, elle évoque souvent François de Sales. Elle dit les bienfaits des enseignements donnés par des prêtres à Lompian.

Proposer des temps de catéchèse, par exemple concernant le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC), la Doctrine sociale de l'Eglise, les encycliques et Exhortations des papes.
Des groupes Alpha couples seraient aussi à promouvoir, en lien avec la pastorale familiale.
Dans les comptes rendus du Synode des jeunes, on note la difficulté des jeunes de dire leur foi. Dans sa réponse au questionnaire du Synode sur les jeunes, le groupe des Jeunes Professionnels d’Agen affirme : « Les jeunes désirent que l’Église les rejoigne dans ce qu’ils vivent et ne soit pas déconnectée. Il est important d’engager un dialogue sans exclure. (…)
Proposons des lieux de formation (notamment comme étudiant) catéchétique, biblique, théologique, humaine et pouvoir échanger avec d’autres. »

Éduquer au sens du beau à partir de l'art, de la liturgie... Adèle cite souvent dans ses lettres la parole extraite des Confessions de saint Augustin. Elle écrit à Agathe Diché :
« Aimons-le, chère amie, ce Dieu mille fois bon. (…) Gémissons chère Agathe de l’avoir aimé si peu jusqu’à présent ; formons la résolution de l’aimer maintenant sans partage et toujours. Écrions-nous avec Saint Augustin : “Ô beauté toujours nouvelle, c’est trop tard que j’ai commencé à vous aimer” » (Lettre du 29 juin 1809).

Ces orientations sont ambitieuses, peut-être utopiques, mais ayons de l’audace dans nos propositions ! Je souhaite tout au long de l’année faire une visite pastorale d’une journée dans toutes les paroisses du diocèse afin que nous nous préparions tous spirituellement au rassemblement diocésain du 10 juin 2018. Je souhaite aussi que soient lues des lettres d’Adèle au début des rencontres en paroisse (EAP, Conseil pastoral, réunion de prière, de catéchistes…). Les suggestions de cette lettre pastorale porteront du fruit, avec l’aide de l’Esprit Saint qu’Adèle invoquait souvent au début de ses lettres : « Venez Esprit Saint, enflammez et embrasez nos coeurs ! »

Bonne année pastorale à tous !

 
Agen, septembre 2017
 Hubert HERBRETEAU, votre évêque


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