Lettre pastorale de Mgr Hubert Herbreteau, septembre 2016
 
 
Porter l’espérance au monde
 
 
 
Onzième lettre pastorale, septembre 2016

Chers diocésains,

De nombreux événements ont marqué l’été que nous venons de vivre et certains ont mis dans notre coeur parfois plus d’angoisse et de peur que de paix et de sérénité. Ainsi, l’assassinat du Père Jacques Hamel, le 26 juillet dernier, nous a plongés dans l’horreur et nous a placés une fois de plus devant la question du mal. Pourquoi tant de haine ? Pourquoi un tel déchaînement contre des êtres fragiles et sans défense ?
Au même moment, un autre événement avait lieu en Pologne, avec les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ). Dans une ambiance de fête, le pape a parlé avec gravité de notre monde marqué par la terreur et la guerre. Il s’est adressé aux jeunes en ces termes : « Nous, nous ne voulons pas vaincre la
haine par davantage de haine, vaincre la violence par davantage de violence, vaincre la terreur par davantage de terreur. Et notre réponse à ce monde en guerre a un nom : elle s’appelle fraternité, elle s’appelle lien fraternel, elle s’appelle communion, elle s’appelle famille. » (Veillée de prière avec les
jeunes sur le Campus de la Miséricorde, le 30 juillet 2016 à Cracovie).
Sans être l’Église des « bisounours », les chrétiens doivent témoigner d’une espérance et oeuvrer pour la paix avec la certitude que l’on peut changer quelque chose dans ce monde, dès aujourd’hui.
Ma lettre pastorale vous invite cette année à être porteurs d’espérance en poursuivant les réflexions commencées avec les deux synodes sur la famille et l’encyclique sur l’écologie Laudato si’. Nous aurons aussi à recueillir les fruits de l’année de la Miséricorde, en particulier avec le jubilé des catéchistes (les 23, 24 et 25 septembre). Voici trois pistes de réflexion et d’action :


Une Église à l’écoute des gens

Être porteur d’espérance, c’est tout d’abord accompagner des gens dans leur chemin de vie, à travers des gestes simples, en imitant Jésus. Dans les évangiles, Jésus se montre attentif aux petits, à l’écoute des plus fragiles de la société de son temps, par exemple envers cette pauvre veuve du village de Naïm qui vient de perdre son unique enfant (cf. Lc 7, 11-13). Le récit dit
que Jésus éprouve de la compassion envers cette femme et lui dit : « Ne pleure plus ! » Puis Jésus effectue pour elle des actes concrets. La miséricorde est discrète, sans éclat mais porteuse d’espérance. Une main tendue, une parole de réconfort, un service rendu, peuvent sécher tant de larmes.

Ces attitudes de compassion nous mettent sur un chemin d’une véritable ressemblance au Christ. Cela suppose que nous prenions le temps, gratuitement, de nous mettre à l’écoute de toute détresse, humblement, sans prétendre résoudre tous les problèmes.

Le pape François dit que le temps a la priorité sur l’espace. Disant cela, il nous invite à cheminer avec ceux qui nous entourent, à les guider avec patience dans une démarche de croissance humaine et spirituelle.

Dans nos paroisses, en prenant appui sur Amoris Lætitia, nous mettrons cette année l’accent sur la préparation des jeunes couples au mariage. Ce temps de préparation est l’occasion de proposer une catéchèse sur la foi, le Christ, l’Église, les sacrements. Beaucoup de choses existent déjà dans nos cinq doyennés. Mais cela reste encore à développer.

Un autre domaine d’écoute et d’accompagnement est la présence auprès des familles en deuil. Des personnes se forment à ce sujet dans notre diocèse. Comment comprendre les nouveaux rites autour de la mort ? Comment annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection du Christ ?

Enfin, je propose que toutes les paroisses mettent en place des permanences d’accueil au presbytère, surtout dans les endroits où il n’y a pas de prêtre résident. Que des gens, dans ce domaine, se forment à l’écoute !

Une Église en dialogue

Être porteur d’espérance, c’est aussi continuer le dialogue interreligieux. Il semble urgent de s’entretenir avec respect et cordialité sur les événements qui marquent notre actualité. Nous avons la chance en Lot et Garonne de vivre depuis longtemps un dialogue oecuménique et interreligieux, dans l’estime réciproque. Poursuivons ce dialogue dans la paix et l’espérance
d’un monde meilleur.

Le seul chemin pour résoudre les conflits, dans les relations quotidiennes comme entre les nations, est en effet celui du dialogue.

Le dialogue s’enracine tout d’abord dans l’expérience de tout être humain. Être capable d’exprimer à travers le langage ou tout autre activité symbolique, ses expériences les plus profondes est nécessaire à toute vie humaine.

Mais le dialogue ne va jamais de soi. Nos relations sont souvent marquées par la violence, la domination sur les autres, les rivalités. Il s’agit d’en être conscient.

Le 6 août 1964, le pape Paul VI, dans l’encyclique Ecclesiam suam a réfléchi longuement sur la notion de dialogue et sur la place qu’il doit occuper dans la vie de l’Église : « L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Église se fait parole ; l’Église se fait message ; l’Église se fait conversation. »

Pour Paul VI, les caratéristiques d’un authentique dialogue sont les suivantes (cf. Ecclesiam suam n° 83-85) :
  • La clarté avant tout. Pour dialoguer, il faut tout d’abord que les interlocuteurs se comprennent. Cette exigence initiale interroge nos pratiques ecclésiales : notre langage est-il compréhensible, populaire, choisi ? Il faut aussi rendre compte de ce que nous croyons et rechercher Dieu en vérité.
  • La douceur. Celle que le Christ nous propose d’apprendre de lui-même : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur » (Mt 11, 29). Le dialogue n’est pas piquant, offensant, orgueilleux. Il n’est pas commandement et ne procède pas de façon impérieuse.

  • La confiance. Faire confiance, avoir confiance, rechercher la confiance de quelqu’un ou lui témoigner la nôtre, donner de la confiance et aussi avoir confiance en soi.

La confiance semble au coeur de la vie humaine. C’est elle qui nous donne de l’espérance et de l’assurance, c’est elle qui rend possible le chemin vers l’autre.

Malheureusement, la suivent comme son ombre la défiance et la méfiance, le doute et la suspicion. Nous disons parfois : pas question d’avoir une confiance aveugle ! Dès qu’on a un peu d’expérience, on sait que la confiance est souvent trahie. Parfois nous sommes conduits à nous méfier des autres et même à douter de la vie. Tôt ou tard nous prenons conscience, en effet, de l’existence du mal, de la méchanceté des hommes. Peut-on prendre encore le risque
de la confiance ? Pourtant, nous le savons, la confiance provoque les confidences et l’amitié.

Dans plusieurs endroits du diocèse le dialogue interreligieux existe déjà. Nous vivons le dialogue oecuménique avec nos frères protestants et anglicans. Avec les juifs et musulmans nous pouvons partager sur les questions d’écologie (Laudato si’ est une référence bien au-delà de l’Église catholique), sur l’accueil des immigrés, sur la non violence. Ne craignons pas de partager sur notre vie spirituelle, et de vivre ensemble des moments de convivialité autour d’un repas.

Une Église qui célèbre et qui prie

Être porteur d’espérance, c’est revenir sans cesse à la source de la foi par une vie de prière régulière et par une participation sacramentelle fervente.

  • En tout premier lieu, je renouvelle mon souhait de voir des groupes, des communautés paroissiales se réunir autour de l’Écriture. Celle-ci demande parfois un travail ardu et méthodique. Mais c’est surtout à une lecture familière de la Bible que je vous invite. Les assemblées autour de la Parole supposent une personne qualifiée qui guide la célébration et des schémas de célébration. Place à la créativité en ce domaine ! Pour que la Bible soit lue, méditée, actualisée, il est nécessaire de l’accueillir dans un climat de silence et de prière.
  • En second lieu, il nous faut prendre davantage en considération les formes de piété populaire (récitation du chapelet, chemin de croix, pèlerinage, vénération des saints) et découvrir la richesse des courants de spiritualité à travers l’histoire. Nous pouvons pour cela ouvrir largement toutes nos belles églises, et redécouvrir des lieux de pèlerinage de notre diocèse.
  • Enfin nous donnerons une priorité à l’adoration eucharistique en lien avec une vie tout entière eucharistique. À ce propos, je trouve éclairant ce qui s’est passé dans la vie d’Édith Stein (Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix) découvrant l’importance de l’Eucharistie. Celle-ci a ensuite toujours tenu une place privilégiée dans sa vie et dans ses écrits.

Le « mystère eucharistique » survient dans la vie d’Édith Stein d’une manière tout à fait inattendue, au cours de l’été 1916. Elle raconte elle-même dans ses souvenirs d’enfance : « Nous sommes entrées pour quelques minutes dans la cathédrale et, pendant que nous nous tenions là dans un silence respectueux, une femme est entrée avec son panier à provisions et s’est agenouillée sur un banc pour une courte prière. C’était pour moi quelque chose de tout à fait nouveau. Dans les synagogues et les temples protestants que j’avais fréquentés, on ne venait que pour les services divins. Mais là, quelqu’un venait, au beau milieu de ses préoccupations quotidiennes, dans l’église déserte comme pour un entretien intime. Je n’ai jamais pu l’oublier » (Édith Stein, Vie d’une famille juive, Cerf / Ad Solem, 2001, p. 470).

Dans une conférence sur « L’éthique des professions féminines » prononcée à Salzbourg en 1930, elle livre sa conviction profonde : « Quiconque cherche le Dieu eucharistique et lui demande conseil en toute occasion, quiconque se laisse purifier par la force sanctificatrice qui émane de l’autel et quiconque s’offre lui-même au Seigneur pour le recevoir dans la Sainte Communion au plus profond de son âme, sera de plus en plus intensément attiré dans le grand
courant de la vie divine : il s’intègrera au Corps Mystique du Christ et son coeur sera transformé à l’image du coeur divin » (Édith Stein, La femme et sa destinée, Amiot-Dumont, 1956, p. 98).

Être « attiré dans le grand courant de la vie divine », avoir avec le Christ « un entretien intime », rejaillit sur notre façon de regarder les autres et d’agir avec miséricorde et espérance dans le monde.


Chers diocésains,

Au cours de l’année pastorale 2016-2017, développons avec joie et espérance ces trois orientations autour de l’écoute, du dialogue et de la prière !
Saint Paul affirme : « L’espérance ne déçoit pas, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs » (Rm 5, 5). L’essentiel de l’espérance chrétienne se trouve ici condensé. L’espérance, nous la devons à l’amour miséricordieux de Dieu. Elle a été produite par la mort et la résurrection du Christ.
Notre espérance est désormais dans le Christ ressuscité et glorifié, premier-né d’entre les morts, assurance et garantie de notre participation à sa propre résurrection. Le Nouveau Testament précise donc la perspective de notre espérance. À la question : que peut-on espérer ? Il répond : en qui peut-on
espérer ? Le Christ est notre espérance (1 P 3, 15). L’espérance, c’est « le Christ en nous, espérance de la gloire » (Col 1, 27)

Bonne année pastorale à tous !

Agen, septembre 2016                        Hubert HERBRETEAU, votre évêque

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